G
Blog

Safer Internet Days 2026 : quel bilan ?

09
/
04
/
2026
Entreprise

Le Safer Internet Day, lancé à l’initiative de la Commission européenne, mobilise chaque année plus de 150 pays pour promouvoir un environnement numérique plus sûr pour les jeunes. En France, cet événement est piloté par le programme national Internet Sans Crainte. Pendant deux mois, de février à mars, des milliers d’ateliers, conférences et ressources sont déployés pour accompagner les familles et les éducateurs. L’édition 2026 s'est concentrée sur la santé mentale et l’équilibre émotionnel, autour de la question : « Les écrans et toi... comment ça va ? ».

Partenaire de cette mobilisation depuis deux ans, Protected a souhaité conclure cette édition par un échange de fond. Nous avons le plaisir d'accueillir Axelle Desaint, Directrice d'Internet Sans Crainte, pour dresser le bilan de ces deux mois d'actions et dessiner les perspectives d'une culture numérique durable.

L’édition 2026 du Safer Internet Day touche à sa fin après deux mois demobilisation intense. Quel est votre premier sentiment sur la réception decette thématique centrée sur le bien-être par les jeunes et les familles ?

Cesdeux mois de mobilisation portent clairement leurs fruits et nous confortentdans l’idée qu’il faut sortir le Safer Internet Day du cadre d’une seulejournée pour l’inscrire dans un temps plus long. En 2025, plus de 750 000 jeunes avaient déjà été sensibilisés dans les établissements scolaires, et mêmesi nous n’avons pas encore finalisé tous les chiffres de 2026, nous voyons déjàque la dynamique continue de progresser. Cette thématique du bien-êtrenumérique a particulièrement bien résonné cette année, car elle fait écho à despréoccupations très actuelles. Elle permet surtout de remettre au centre unenjeu essentiel : ne pas banaliser les violences, les pressions ou le mal-êtrevécus en ligne.

Votre slogan cette année est une question simple, presque intime : “Lesécrans et toi… comment ça va ?”. À qui s’adresse réellement cette question etpourquoi avoir choisi cet angle du soin et de l’écoute cette année ?

Aveccette question, nous avons voulu redonner tout son sens à une formule duquotidien trop souvent devenue automatique. “Comment ça va ?”, c’est uneinvitation à s’arrêter sur le ressenti, à écouter ce que les usages numériquesproduisent vraiment en nous. Elle s’adresse aux jeunes, bien sûr, pour lesaider à mettre des mots sur leur expérience en ligne, mais aussi aux adultesqui les entourent. Nous voulions encourager parents et éducateurs à poserd’autres questions : comment tu te sens après du temps passé sur les réseaux,qu’est-ce que tu as vu, qu’est-ce que cela t’a fait ? C’est en repartant del’écoute que l’on peut mieux accompagner.

Entre les ateliers et les remontées des ambassadeurs terrain,qu’avez-vous observé de nouveau cette année dans la manière dont lesadolescents s’approprient leurs outils numériques en 2026 ?

Cettecampagne est arrivée dans un contexte très particulier, marqué par de nombreuxdébats publics sur les réseaux sociaux, leur régulation et leurs effets sur lesplus jeunes. Cette année, nous avons observé une prise de conscience croissantechez les jeunes concernant les mécanismes des réseaux sociaux et leur impactsur le bien-être. Un enjeu majeur a été de les associer activement à laréflexion sur les solutions. C’est pourquoi, en plus de notre parcourspédagogique “Les réseaux et moi”, destiné aux éducateurs pourexpliquer ces mécanismes et leur impact, nous avons co-construit avec desjeunes l’Accromètre, un outil pour évaluer leurrapport aux écrans. Ce dispositif permet aux jeunes de repérer des signauxfaibles, de mieux comprendre l’impact de leur hyperconnexion, et d'agir avecdes conseils concrets pour retrouver un équilibre. L'Accromètre, disponiblegratuitement en version numérique ou papier, est un exemple d’initiative crééepour renforcer leur autonomie et leur bien-être numérique.

Cyberharcèlement, usages problématiques des réseaux sociaux, fatigueinformationnelle… tous ces enjeux sont liés. Selon vous, quels sont les leviersprioritaires qui permettent de redonner aux jeunes un véritable pouvoir d’agiret une sérénité face à ces risques ?

Lepremier levier, c’est de parler des risques sans tabou, mais aussi sansdramatisation. L’objectif n’est pas de faire peur, c’est de permettre auxjeunes d’identifier ce qu’ils vivent, de qualifier une situation et de repérerles premiers signaux d’alerte. Si personne ne vous a jamais expliqué qu’unemoquerie répétée, une humiliation ou une mise à l’écart en ligne peuventrelever du cyberharcèlement, il est plus difficile de comprendre qu’on vitquelque chose d’anormal. Mettre des mots, c’est déjà redonner du pouvoird’agir. Ensuite, il faut transmettre des réflexes simples, des ressources etdes repères pour permettre une véritable autonomie numérique.

Nos utilisateurs cherchent souvent l’équilibre entre protection etautonomie. Selon votre expertise, quelle fonctionnalité ou quel usage d’unoutil de protection favorise réellement le plus le dialogue parent-enfant ?

Lesoutils de protection sont précieux lorsqu’ils sont utilisés comme des supportsd’accompagnement et non comme des instruments de surveillance. Le terme même de“contrôle parental” peut parfois induire une mauvaise posture, en laissantpenser qu’il s’agit avant tout de contrôler, alors que l’enjeu est d’éduquer etde faire grandir. Ce qui favorise vraiment le dialogue, ce sont lesfonctionnalités qui permettent de fixer ensemble des règles lisibles, adaptéesà l’âge de l’enfant, et comprises par tous. Lorsqu’un outil devient un appuipour parler du temps d’écran, des contenus ou des usages, il aide les famillesà construire des repères communs. C’est cette logique de co-construction quifavorise l’autonomie.

Le bien-être numérique traverse toutes les générations. Comment faire ensorte que cette réflexion devienne une démarche partagée et positive pour tousles membres du foyer, tous les citoyens adultes compris ?

C’estprécisément l’ambition du Safer Internet Day : faire de l’éducation aunumérique un enjeu collectif, qui dépasse largement le seul public des enfantset des adolescents. Nous cherchons à fédérer tout un écosystème (pouvoirspublics, acteurs privés, professionnels de l’éducation, associations, familles)autour d’une responsabilité commune. Chacun peut agir à son niveau : l’État parla régulation et la sensibilisation, les plateformes par la conception deservices plus protecteurs, les adultes par leur rôle d’exemple etd’accompagnement. Pour que cette démarche soit positive, il faut sortir d’unevision culpabilisante des usages et faire du bien-être numérique un sujet dedialogue, de compréhension et de culture commune.

Le Safer Internet Day est un déclencheur. Quels conseils donneriez-vousaux éducateurs et parents pour que les ressources d’Internet Sans Crainterestent vivantes et utilisées tout au long de l’année scolaire ?

LeSafer Internet Day est un temps fort, mais l’éducation au numérique se jouetoute l’année. Les enjeux sont multiples, évolutifs, et ils concernent lesenfants dès le plus jeune âge. Sur notre site, nous mettons à disposition plus de200 ressources gratuites pour accompagner les familles et les professionnels,dès 3 ans, avec des activités déconnectées, des outils en ligne, des guides etdes fiches pour faciliter les échanges. L’idée, c’est que les enfants puissentgrandir entourés d’adultes formés, informés et en confiance sur ces sujets. Etau quotidien, notre compte Instagram permet aussi de prolonger cette dynamiqueavec des conseils, des décryptages d’actualité et des tutoriels très concrets.

Partager cette article