Le Safer Internet Day, lancé à l’initiative de la Commission européenne, mobilise chaque année plus de 150 pays pour promouvoir un environnement numérique plus sûr pour les jeunes. En France, cet événement est piloté par le programme national Internet Sans Crainte. Pendant deux mois, de février à mars, des milliers d’ateliers, conférences et ressources sont déployés pour accompagner les familles et les éducateurs. L’édition 2026 s'est concentrée sur la santé mentale et l’équilibre émotionnel, autour de la question : « Les écrans et toi... comment ça va ? ».
Partenaire de cette mobilisation depuis deux ans, Protected a souhaité conclure cette édition par un échange de fond. Nous avons le plaisir d'accueillir Axelle Desaint, Directrice d'Internet Sans Crainte, pour dresser le bilan de ces deux mois d'actions et dessiner les perspectives d'une culture numérique durable.
L’édition 2026 du Safer Internet Day touche à sa fin après deux mois de mobilisation intense. Quel est votre premier sentiment sur la réception de cette thématique centrée sur le bien-être par les jeunes et les familles ?
Ces deux mois de mobilisation portent clairement leurs fruits et nous confortent dans l’idée qu’il faut sortir le Safer Internet Day du cadre d’une seule journée pour l’inscrire dans un temps plus long. En 2025, plus de 750 000 jeunes avaient déjà été sensibilisés dans les établissements scolaires, et même si nous n’avons pas encore finalisé tous les chiffres de 2026, nous voyons déjà que la dynamique continue de progresser. Cette thématique du bien-être numérique a particulièrement bien résonné cette année, car elle fait écho à des préoccupations très actuelles. Elle permet surtout de remettre au centre un enjeu essentiel : ne pas banaliser les violences, les pressions ou le mal-être vécus en ligne.

Votre slogan cette année est une question simple, presque intime : “Les écrans et toi… comment ça va ?”. À qui s’adresse réellement cette question et pourquoi avoir choisi cet angle du soin et de l’écoute cette année ?
Avec cette question, nous avons voulu redonner tout son sens à une formule du quotidien trop souvent devenue automatique. “Comment ça va ?”, c’est une invitation à s’arrêter sur le ressenti, à écouter ce que les usages numériques produisent vraiment en nous. Elle s’adresse aux jeunes, bien sûr, pour les aider à mettre des mots sur leur expérience en ligne, mais aussi aux adultes qui les entourent. Nous voulions encourager parents et éducateurs à poser d’autres questions : comment tu te sens après du temps passé sur les réseaux, qu’est-ce que tu as vu, qu’est-ce que cela t’a fait ? C’est en repartant de l’écoute que l’on peut mieux accompagner.
Entre les ateliers et les remontées des ambassadeurs terrain, qu’avez-vous observé de nouveau cette année dans la manière dont les adolescents s’approprient leurs outils numériques en 2026 ?
Cette campagne est arrivée dans un contexte très particulier, marqué par de nombreux débats publics sur les réseaux sociaux, leur régulation et leurs effets sur les plus jeunes. Cette année, nous avons observé une prise de conscience croissante chez les jeunes concernant les mécanismes des réseaux sociaux et leur impact sur le bien-être. Un enjeu majeur a été de les associer activement à la réflexion sur les solutions. C’est pourquoi, en plus de notre parcours pédagogique “Les réseaux et moi”, destiné aux éducateurs pour expliquer ces mécanismes et leur impact, nous avons co-construit avec des jeunes l’Accromètre, un outil pour évaluer leur rapport aux écrans. Ce dispositif permet aux jeunes de repérer des signaux faibles, de mieux comprendre l’impact de leur hyperconnexion, et d'agir avec des conseils concrets pour retrouver un équilibre. L'Accromètre, disponible gratuitement en version numérique ou papier, est un exemple d’initiative créée pour renforcer leur autonomie et leur bien-être numérique.

Cyberharcèlement, usages problématiques des réseaux sociaux, fatigue informationnelle… tous ces enjeux sont liés. Selon vous, quels sont les leviers prioritaires qui permettent de redonner aux jeunes un véritable pouvoir d’agir et une sérénité face à ces risques ?
Le premier levier, c’est de parler des risques sans tabou, mais aussi sans dramatisation. L’objectif n’est pas de faire peur, c’est de permettre aux jeunes d’identifier ce qu’ils vivent, de qualifier une situation et de repérer les premiers signaux d’alerte. Si personne ne vous a jamais expliqué qu’une moquerie répétée, une humiliation ou une mise à l’écart en ligne peuvent relever du cyberharcèlement, il est plus difficile de comprendre qu’on vit quelque chose d’anormal. Mettre des mots, c’est déjà redonner du pouvoir d’agir. Ensuite, il faut transmettre des réflexes simples, des ressources et des repères pour permettre une véritable autonomie numérique.
Nos utilisateurs cherchent souvent l’équilibre entre protection et autonomie. Selon votre expertise, quelle fonctionnalité ou quel usage d’un outil de protection favorise réellement le plus le dialogue parent-enfant ?
Les outils de protection sont précieux lorsqu’ils sont utilisés comme des supports d’accompagnement et non comme des instruments de surveillance. Le terme même de “contrôle parental” peut parfois induire une mauvaise posture, en laissant penser qu’il s’agit avant tout de contrôler, alors que l’enjeu est d’éduquer et de faire grandir. Ce qui favorise vraiment le dialogue, ce sont les fonctionnalités qui permettent de fixer ensemble des règles lisibles, adaptées à l’âge de l’enfant, et comprises par tous. Lorsqu’un outil devient un appui pour parler du temps d’écran, des contenus ou des usages, il aide les familles à construire des repères communs. C’est cette logique de co-construction qui favorise l’autonomie.
Le bien-être numérique traverse toutes les générations. Comment faire en sorte que cette réflexion devienne une démarche partagée et positive pour tous les membres du foyer, tous les citoyens adultes compris ?
C’est précisément l’ambition du Safer Internet Day : faire de l’éducation au numérique un enjeu collectif, qui dépasse largement le seul public des enfants et des adolescents. Nous cherchons à fédérer tout un écosystème (pouvoirs publics, acteurs privés, professionnels de l’éducation, associations, familles) autour d’une responsabilité commune. Chacun peut agir à son niveau : l’État parla régulation et la sensibilisation, les plateformes par la conception de services plus protecteurs, les adultes par leur rôle d’exemple et d’accompagnement. Pour que cette démarche soit positive, il faut sortir d’une vision culpabilisante des usages et faire du bien-être numérique un sujet de dialogue, de compréhension et de culture commune.
Le Safer Internet Day est un déclencheur. Quels conseils donneriez-vous aux éducateurs et parents pour que les ressources d’Internet Sans Crainte restent vivantes et utilisées tout au long de l’année scolaire ?
Le Safer Internet Day est un temps fort, mais l’éducation au numérique se joue toute l’année. Les enjeux sont multiples, évolutifs, et ils concernent les enfants dès le plus jeune âge. Sur notre site, nous mettons à disposition plus de 200 ressources gratuites pour accompagner les familles et les professionnels, dès 3 ans, avec des activités déconnectées, des outils en ligne, des guides et des fiches pour faciliter les échanges. L’idée, c’est que les enfants puissent grandir entourés d’adultes formés, informés et en confiance sur ces sujets. Et au quotidien, notre compte Instagram permet aussi de prolonger cette dynamique avec des conseils, des décryptages d’actualité et des tutoriels très concrets.





